J’ai la compassion qui s’étouffe dans les petits et les plus grands drames de tous et chacun. Je souri à travers les lèvres des autres et je m’esclaffe du bonheur de ceux par qui j’ai l’honneur d’être côtoyée. À coup d’élan de compréhension j’écoute et console en me disant que si je peux gober un peu de la peine d’autrui, il leur en restera moins à gérer. Alors j’ai le cœur qui fond un peu à chaque souffle de douleur expiré par les gens pour qui je voue de la déférence.
Je vois grandir des petits bouts d’enfants qui deviendront adultes et je leur donne un peu de ma naïveté et de mon insouciance. Je regarde les gens vieillir autour de moi et je me rassure et m’assure de les voir heureux parce qu’après tout, c’est un peu ça la vie, vieillir.
Je trouve toujours un brin de d’éclat à travers les handicapes de chacun et je m’acharne à leur faire miroiter que ce petit bout de beau là il n’y a personne qui va leur enlever. J’ai l’âme qui pousse à travers le désordre de ceux pour qui la vie n’est pas toujours aimante.
À travers ces maux qui habitent mon entourage je trouve la force nécessaire pour me tenir assez droite afin qu’on puisse s’accrocher à moi. J’ai toujours quelque part au fond de moi assez de grandeur et de carrure pour supporter sur mes épaules les Chimères des autres.
Pour la première fois de ma vie, c’est ma Chimère à moi que j’ai en pleine gueule et elle je n’ai jamais appris à la dompter, pas plus qu’à l’apprivoiser. Il est peut-être bien temps que je m’occupe de ma propre Chimère que j’ai passé ma vie à nourrir et gaver du malheur des autres. Ce combat là, personne ne va le livrer pour moi.