Un soir, un coup de téléphone et quelques mots froids et détachés. Un soir, moi qui se meurt et toi qui me raccroche la ligne au nez après m’avoir sèchement dit que tu avais quelqu’un d’autre dans ta vie depuis quelques semaines et que le tout c’était officialisé aujourd’hui.
Ce même aujourd’hui où l’on s’est réveillé côte à côte, où tu m’as embrassé puis regardé longuement avant de me déclarer toute ta satisfaction et ce; avec autant de mots que de câlins. Ce même aujourd’hui où en sortant de la douche, tu as relevé mon chandail pour m’embrasser tendrement dans le creux du dos, un frisson longeant ma colonne. Ce même jour où après une nuit sans trop de sommeille, dans un café, tu as posé ta main sur mon épaule en me regardant longuement avant d’aller chercher du lait à ajouter dans ma tasse. Ce même jour où avec ton bras autour de ma taille, nous avons marché en riant vers l’arrêt de bus. Ce même aujourd’hui ou en passant la porte de chez moi, j’ai reçu un message texte m’exprimant tout ton contentement. Ce moment durant lequel, tu ne m'as jamais autant dit que tu me trouvais belle.
Dieu que je me sentais choyée. Ça faisait si longtemps que tu n’avais pas été comme cela avec moi. Autant de regards, autant d’attentions, autant de sourires, autant de mots bien choisis… C’est cela qui me tue. À tout cela j’y ai cru encore mais pour toi ce n’était semble-t-il qu’un doux adieu, un bon souvenir à me laisser. Moi, de tout cela, je n’en savais foutrement rien. Je t’ai toujours dit que je ne t’en voulais pas mais pour cela; putain que je t’en veux. Je t’en veux pour toute la douceur avec laquelle tu m’as bercé juste avant d’aller retrouver, quelques heures plus tard, celle pour qui tu m’as ‘‘jeté’’. Je t’en veux de ne pas m’avoir dit que tu jouais sur deux tableaux parce que même si pour toi on ne se devait plus rien (?), moi je t’offrais encore le plus grand des respects, toute mon honnêteté et mon entière fragilité. Je t’en veux de me laisser comme souvenir que tes derniers regards tendres renfermaient un peu de pitié sachant que tu allais bientôt m’effacer.
Je t’en veux de m’avoir dévoilé ton jeu si froidement. J’aurais donné n’importe quoi pour entendre dans ta voix que tu éprouvais quelque chose face à tout cela qui m’était relié. Je ne souhaitais pas que tu t’excuses ou que tu comprennes comment je me sentais, je voulais simplement que tu me dises que malgré tout, l’état dans lequel j’étais ne te faisais pas éprouver que de l’indifférence. Je t’en veux de ne pas avoir pris la peine d’apaiser un peu ma souffrance en me disant quelque chose. Un petit truc réconfortant pour me dire que je n’ai pas été utilisé, que tout cela c’était vrai, qu’il fût un temps je comptais pour toi… quelque chose pour m’aider à guérir de tout cela. Mais rien, il n’y a eu rien, et ça je n’arrive pas à m’en remettre.
Ce coup de téléphone là restera notre dernier échange. Désormais, je sais que je dois abdiquer et accepter tout cela. Plus jamais on ne va se parler, sur mon afficheur je n'aurai plus jamais ton numéro. Jamais tu ne sauras à quel point je me suis enfoncée et jamais je ne t’entendrai me dire que tout cela t’attriste un peu et sans entendre cela, je ne sais sincèrement pas encore comment j’arriverai à me sortir de l’abîme dans lequel je me retrouve. J’en aurais tellement besoin, mais tellement… ne serais-ce que pour me remettre un peu toutes ces fois ou je t'ai offert mes bras réconfortants quand je sentais que tu glissais parce que cette fois-ci je considère que c'était à mon tour d'avoir droit à cela. C'était à mon tour d'avoir le droit d'avoir de la peine. Mais rien.
Pendant que tu me baisais en sachant que c’était la dernière fois, je croyais naïvement que tu me faisais l’amour. Maintenant, ce n’est pas sans toi que je n’arrive pas à vivre, c’est avec moi. Voilà pourquoi je me sens si sale, voilà ce que tu as réussi à faire de moi!